Osrevni. La voce all’inverso dell’inverso

Da Jean Daviot, artista a Parigi

Immagine anteprima YouTubeQuando un artista dipinge un quadro per ore e ore, il tempo usura il suo sguardo e indebolisce la sua nitidezza. Per rompere questa dipendenza dall’immagine, i pittori hanno adottato, dal Rinascimento, una tecnica semplice: mettono uno specchio davanti al loro lavoro e guardano la loro opera riflettersi al contrario. Così se ne distanziano ed entrano nella forma rovesciandola. Tra l’oggetto e la sua inversione si crea un hiatus, nel senso latino del termine, un’apertura che consente al pittore di rimettere in moto il suo sguardo e vedere la sua opera come per la prima volta e può così correggerne le imperfezioni attraverso questa nuova finestra.

Questa tecnica che permette di vedere di nuovo la pittura dopo l’usura dello sguardo, trasposta sulla voce, permette di intendere diversamente la sonorità  delle parole? Si può aprire la voce come si può aprire lo sguardo? Qual è l’inverso del suono delle parole? Che cosa rivela l’inverso della parola?

Per sperimentare questo, ho creato un dispositivo: in un primo momento mi registro leggendo un testo. In una seconda fase, questa registrazione è messa all’inverso, come il pittore con il suo specchio, ma qui invertendo lo scorrere del tempo, dalla sua fine all’inizio. In una terza fase, io riproduco direttamente quei suoni con la mia voce, così come io li sento trasmettere al contrario, in cuffia. E’ una melodia, non ci sono più significati a cui aggrapparsi, io canto l’inverso della mia voce. Infine, questa registrazione è messa all’inverso, dalla fine all’inizio: io faccio ascoltare l’inverso dell’inverso della mia voce.

Ma ascoltare l’inverso dell’inverso non è un ritorno al diritto. Si è all’ascolto di un inquietante straniamento, di uno spazio sonoro dove sorgono una moltitudine di accenti, una torre di Babele dove appaiono i suoni  di diverse lingue. Il timbro della mia voce modula le lingue che non parlo, ma i loro fonemi risuonano con idiomi esistenti. Avremmo nell’ombra delle nostre voci il suono di lingue sconosciute…

L’inverso dell’inverso della parola non è il dritto, vi è una deformazione della voce che modula il suono delle parole, delle parole-suono, di emozione.

Quando canto l’inverso della mia voce liberata dal significato, l’emozione non è più guidata dal senso delle parole, ma è consegnata alle parole-suono (in francese mots-sons è assonante con émotion) cristallizzate nell’inconscio. L’inversione del tempo accentua i vuoti, si scoprono buchi sonori nell’inverso. Questi buchi tra le parole sono voragini di silenzio in cui il significato non fa più ponte, legame.

Queste lacune sono forse all’origine dell’impossibilità della parola nell’autistico che si perde in questi buchi, in queste aperture, chiamato da questo vuoto pieno d’assenza che impedisce la parola piena, completa. Mitigare “troumatisme” (neologismo di Lacan; trou= buco), eliminando lo spazio tra le parole?

“Lachiusuradelbucocicatrizzaessalangoscialaparolasenzasostacalmalavertiginevelvuotomaèdifficile
nonriprendereilpropriofiatocomeèdifficiledinuotaretroppotempoinapnea”

L’esplorazione dell’inverso della voce mostra che il significato guida e struttura l’accentuazione delle parole e ne trasforma la sonorità, facendo schermo alle parole-suono (mots-sons) e filtrando la loro diffusione inconscia. La scomparsa del significato, nell’inverso della voce, suggerisce la piccola musica del sé che si arrischia in piroette sul filo delle parole al di sopra del vuoto. Queste piroette si sentono nell’accento che devia il percorso della voce e fa intravvedere la sua  origine. Questo tipo di accentuazione riguarda molto spesso le parole affettive. Alcuni politici se ne servono per far sentire una prossimità agli elettori in una comunione di parole-suono (mots-sons/ émotion). All’inverso si insegna, presso l’Ecole Nationale d’Administration (ENA), la scomparsa dell’accento, la voce dello Stato dovendo essere muta d’affetto.

L’accento trova forse la sua origine nell’ombra affettiva del suono della voce della madre che va verso il bambino, dove l’inverso dell’inverso non è il diritto, ma l’apertura dei desideri e dei sogni.

Srevne. La voix à l’envers de l’envers

Quand un artiste peint un tableau pendant des heures et des heures, le temps use son regard et affaiblit son acuité. Pour rompre cette accoutumance à l’image, les peintres ont, depuis la Renaissance, une technique simple : ils placent devant leur œuvre un miroir et regardent leur tableau s’y réfléchir à l’envers. Ainsi, ils s’en distancient et entrent dans la forme en la renversant. Entre l’objet et son renversement se crée un hiatus au sens latin du terme, une ouverture qui permet au peintre de remettre en mouvement son regard et de voir son œuvre comme pour la première fois, il peut ainsi en corriger les imperfections au travers de cette nouvelle fenêtre.

Cette technique qui permet de voir à nouveau la peinture après l’usure du regard, transposée à la voix, permet-elle d’entendre différemment la sonorité des mots ? Peut-on ouvrir la voix comme on le peut du regard ? Quel est l’envers du son des mots ? Que révèle l’envers de la parole ?

Pour expérimenter cela, j’ai mis en place un dispositif : dans un premier temps, je m’enregistre lisant un texte. Dans une deuxième phase, cet enregistrement est mis à l’envers, comme le peintre avec son miroir, mais ici en inversant le défilement du temps[1], de la fin vers le début. Dans une troisième phase, je reproduis directement ces sons par ma voix, tels que je les entends diffuser à l’envers, dans un casque. C’est une mélodie, il n’y a plus de signifiés auxquels se raccrocher, je chante l’envers de ma voix. Enfin, cet enregistré est mis à l’envers, de la fin vers le début : je fais entendre donc l’envers de l’envers de ma voix.

Mais à l’écoute de l’envers de l’envers, on ne revient pas à l’endroit. On se trouve à l’écoute d’une inquiétante étrangeté, d’un espace sonore où surgissent une multitude d’accentuations, une tour de Babel où apparaissent les sons de diverses langues. Le timbre de ma voix module des langues que je ne parle pas, mais leurs phonèmes raisonnent avec des idiomes existants. Nous aurions dans l’ombre de nos voix le son de langues inconnues…

L’envers de l’envers de la parole n’est pas l’endroit, il y a une déformation de la voix qui module le son des mots, des mots-sons, d’émotion.

Quand je chante, l’envers de ma voix, délivrée du signifié, l’émotion n’est plus guidée par le sens des mots, mais livrée aux mots-sons cristallisés dans l’inconscient. Le renversement du temps en accentue les vides, on découvre des trous sonores dans l’envers. Ces trous entre les mots sont des gouffres de silence où le signifié ne fait plus pont.

Ces failles sont peut-être à l’origine de l’impossibilité de la parole chez l’autiste qui se perd dans ces trous, dans ces ouvertures, appelé par ce vide plein d’absence qui l’empêche de toute parole. Atténuer le troumatisme[2] en supprimant l’espace entre les mots ? : Lebouchagedestrouscicatricetill’angoisselaparolesansarrêtcalmetellelevertigeduvidemaisiilest
difficiledenepasreprendresonsoufflecommeilestdifficiledenagertrèslongtempsenapnée…

L’exploration de l’envers de la voix montre que le signifié guide et structure l’accentuation des mots et en transforme les sonorités, en faisant écran aux mots-sons et en filtrant leur jaillissement inconscient. La disparition du signifié, dans l’envers de la voix, donne à entendre la petite musique du soi qui se risque en pirouettes sur les filets de mots au-dessus du vide. Ces pirouettes s’entendent dans l’accent qui dévie la voie de la voix et fait entrevoir son origine. Cette accentuation se porte très souvent sur des mots affectifs. Certains politiques s’en servent pour faire entendre une proximité avec leurs électeurs dans une communion des mots-sons. A l’inverse, on enseigne à l’Ecole Nationale d’Administration (E.N.A.) la disparition de l’accent, la voix de l’Etat devant être muette d’affect.

L’accent trouve peut-être sa source dans l’ombre affective du son de la voix de la mère allant vers l’enfant ou l’envers de l’envers n’est pas l’endroit, mais l’ouverture des désirs et des songes.


[1] J’ai réalisé en 2003 entre autres à partir de ce travail, une vidéo : La Perte politique, d’après un texte de Marguerite Duras, publié en 1980, et extrait des Yeux verts, titre d’un numéro des Cahiers du cinéma qui lui était consacré. Dans cette vidéo, je dis l’endroit, puis l’envers, puis l’envers de l’envers de ce texte (peut-être à cause du titre « les yeux verts » sur lequel je l’avais interrogée : « Pourquoi les yeux verts et pas les yeux bleus ? » Elle, m’avait répondu :« Les yeux vers vous »).

[2] Néologisme de Jacques Lacan

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